jeudi 23 Nov 2017
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Histoire

 

ROUSSY LE VILLAGE

Les armes de Roussy sont des armes d'argent, au lion de gueule armé, lampassé et couronné d'or, la queue nouée, fourchée et passée en sautoir : elles témoignent de son appartenance jadis à la Maison de Luxembourg.

Armoirie officielle

Declinaison pour le web

 

L'histoire de Roussy remonte à fort longtemps.

 

De nombreux silex, haches et autres outils rudimentaires de l'âge de la pierre polie ont été retrouvés dans le sol de la commune. L'âge de bronze et celui du fer ont également laissé de nombreuses traces : des tumili (tombes), des mardelles (mares), des pierres ou croix curieuses représentant selon toute vraisemblance des essais d'écriture néolithique laissés par les Celtes.

 

De l'époque romaine restent essentiellement le Kehm, voie romaine reliant Rome, Lyon, Trèves à Cologne et des ruines de villas. Roussy entre dans le royaume d'Austrasie, puis dans celui des Carolingiens.

 

843 voit naître la Lotharingie, actuelle Lorraine.

 

La situation devient très complexe, c'est le système féodal qui s'installe : un roi ou un empereur règne. Des seigneurs, des comtes, des évêques ou des abbés ont eux également un réel pouvoir sur leurs terres.

 

Roussy voit ainsi naître la Seigneurie de Roussy et le Comté de Roussy. Que de luttes, que de rivalités ! Roussy appartenant à la Maison de Luxembourg devient possession bourguignonne, passe même sous domination espagnole et fait partie des biens des Habsbourg.

 

En 1680, la France prend possession de Roussy, mais perdra ce territoire quelques année s plus tard.

 

Après la Révolution Française, l'Assemblée Constituante réorganise la France : c'est la fin officielle du Comté et de la Seigneurie de Roussy.

 

En 1811, Roussy le Village et Roussy le Bourg ne formeront plus qu'une seule commune. Dodenom s'y rattachera en 1826. Arrive en 1870 la guerre franco-prussienne et comme conséquence l'annexion de Roussy à l'Allemagne.

 

La fin de la première guerre mondiale marquera le retour de Roussy à la France. Au début des années 1930 est construite la ligne Maginot dont un ouvrage est encore visible de nos jours au village.

 

L'Allemagne annexe à nouveau Roussy en 1940. Le village est libéré par les Américains en septembre 1944 : Roussy redevient une commune française dans laquelle les travaux de reconstruction battent leur plein à partir de 1948.

 

Actuellement et cela depuis pratiquement une vingtaine d'années, la commune voit se construire de nouvelles habitations. Il faut noter que de nombreux couples de nationalités mixtes s'installent, amenant la croissance par une dynamique liée au potentiel d'emploi que représente notre pays voisin le Grand Duché de Luxembourg.

 

Quelques témoins de cette histoire mouvementée :

 

-   le Château Féodal (ou Château de Roussy Seigneurie) datant vraisemblablement de XII° siècle

-   le Château de Custine (ou Château de Roussy Comté) du XIV° siècle, ressemblant davantage à un château résidentiel qu'à un château fort

-   la Chapelle Sainte Croix de Roussy le Bourg construite au XV° siècle

-   la Chapelle de Dodenom remontant dans sa forme actuelle à 1752

-   de nombreux calvaires

-   l'église Saint Denis consacré en 1955 : cette église moderne remplace celle qui a été détruite en 1941 lors de la guerre

-   l'ancien presbytère de la paroisse dont l'aménagement datait du début du XVIII° siècle (1707) : le bâtiment a été réhabilité et depuis le mois de décembre 1999, la Mairie y a élu domicile, ses anciens locaux étant devenus trop exigus.     

 

Résolument tournée vers l'avenir, la commune de Roussy le Village est entrée dans le troisième millénaire avec sérénité et confiance.

 

 

  Roussy le Village à la radio

Retrouvez la grande Histoire de Roussy le Village (50 mn) sur les ondes de France culture à l'adresse suivante :
https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/aux-marges-du-territoire-24-memoire-de-refugies-de-guerre-la
Bonne écoute

 

 

 

Le Luxembourg, eldorado français
M LE MAGAZINE DU MONDE | 28.07.2017

La Lorraine, longtemps sinistrée par la désindustrialisation, trouve un second souffle grâce au Grand-Duché. Chaque jour, des milliers de Français vont y travailler, attirés par la fiscalité et les salaires.
Par Dominique Perrin
Le plateau du Kirchberg, quartier de la finance, à Luxembourg-Ville.

Luxembourg-Ville, le jeudi soir, c’est l’heure de l’afterwork. Il est 18 h 30 sur les Rives de Clausen et devant d’anciennes brasseries réhabilitées en bars branchés, les terrasses sont déjà bien remplies. On a beau être au fond de l’étroite vallée qui cisaille la cité en deux, le soleil cogne sur les verres. La clientèle, jeune, de toutes les couleurs, en veste ou talons, parle anglais. Seuls quelques mots de français s’échappent des palmiers autour du bar Ikki. Dylan, Sophie, Maxime, Alexandre, Hélène, Virginie et compagnie sont allemands, belges ou français, âgés de moins de 30 ans. Du « junior adviser » au « manager », tous travaillent pour le cabinet d’audit et de conseil KPMG, là-haut, sur le plateau du Kirchberg, quartier de la finance internationale et des institutions européennes.

« J’aurais pu travailler à Paris ou à Lille, où j’ai passé mon master, raconte Hélène Marguillard, 25 ans, regard noisette et déterminé. J’ai choisi le Luxembourg. Le pays ne fait pas rêver à cause de la météo, mais j’aime son mélange de cultures différentes. » Elle commande une bière en anglais à une serveuse portugaise, qui parle français. « La qualité de vie est incomparable avec Paris et c’est encore plus cosmopolite que Londres », assure Sophie, française elle aussi, une jolie rousse aux cheveux ondulés mariée à un Allemand. « Pour moi, le Luxembourg c’est la personnification de l’Europe. – C’est exactement ça ! », s’exclame Hélène. Robert Schuman, l’un des pères de l’Europe, est né à quelques pas, dans ce faubourg de Clausen, il y a cent trente et un ans. Dans les vapeurs de mojitos, son fantôme doit sourire d’aise.

L’autoroute de la réussite
Chaque matin à 7 heures, Hélène, toujours élégante, quitte les vaches de son village, près de Metz. De Flévy à Luxembourg-Ville, elle parcourt 50 km sur l’A31, en une heure et demie. Car chaque matin, l’autoroute de la réussite, qui file vers ce micro-Etat de 590 000 habitants, est saturée. En juin, la jeune Mosellane a même battu son record : deux heures cinquante. Dans le bâtiment de KPMG, orné d’une résille en métal oxydé – imaginée par la star des architectes du pays, François Valentiny – elle goûte chaque jour sa dose d’exotisme : « J’ai dû mal à croireque je suis si près de chez moi et de mes voisins fermiers. » Au total, elle passe près de vingt heures par semaine en voiture, mais ne regrette pas son choix. Comme Virginie et Alexandre, Hélène fait partie des 90 000 Français qui habitent en Lorraine et travaillent au Grand-Duché : les frontaliers.

Petit mais en pleine croissance (4,2 % en 2016, selon le FMI), le Luxembourg ne cesse d’embaucher. Dans la construction comme dans la banque, dans l’informatique ou la santé. Une aubaine pour les Lorrains des départements limitrophes (la Moselle et le nord de la Meurthe-et-Moselle), dont la plupart des familles ont subi l’agonie de la sidérurgie dans les années 1980. Hélène a ainsi deux grands-pères qui ont été forcés de prendre leur préretraite à 50 ans. De Metz à Longwy, ce territoire aurait pu sombrer. Le Luxembourg lui a apporté un nouveau souffle. Hélène, comme tous les frontaliers, est bien décidée à en profiter, mais les problèmes de transports gâchent un peu la fête.

Le cabinet d’audit et de conseil KPMG, dont le bâtiment a été dessiné par François Valentiny.
Depuis les années 1990, le nombre de frontaliers a explosé. Il a presque été multiplié par deux ces quinze dernières années. Car plus le Luxembourg prenait du poids dans la finance internationale, plus il avait besoin de main-d’œuvre. Le pays compte 140 banques et un grand nombre de multinationales, attirées par d’importants avantages fiscaux. A la suite du Brexit, il s’apprête même à accueillir de nouvelles sociétés étrangères. Aujourd’hui, le Grand-Duché, qui bénéficie d’un faible taux de chômage (6 % contre 9,6 % en France), emploie 43 % de salariés qui habitent hors de ses frontières, en France, en Belgique ou en Allemagne.
Ce que les frontaliers préfèrent souvent dans ce pays, ce sont les salaires. Le smic atteint 2 400 euros brut pour ceux qui ont l’équivalent du bac, contre 1 480 euros brut dans l’Hexagone. Et en général, chacun gagne de 30 à 60 % de plus qu’en France. Du coup, cela crée aussi des disparités en Moselle, et quelques jalousies. « De quoi te plains-tu ? », telle est la rengaine souvent servie à ceux qui se disent stressés par leur temps de trajet.
Jeune cadre de 38 ans, Sébastien Erard a sa tactique pour éviter les embouteillages. Déjà, il habite près de la frontière et peut éviter l’A31. En plus, il quitte tôt son travail. Sa stratégie est-elle la bonne ? On décide de vérifier avec lui. « Business analyst » dans une société de services informatiques, il loue en ce moment ses services à Post Telecom, l’équivalent d’Orange.

Bureaux et meules de foin
On le retrouve devant ce bâtiment noir, tout neuf, dans le quartier en construction de la Cloche d’Or, au sud de Luxembourg-Ville. Arrivé à 7 h 45, Sébastien s’est fixé un objectif : partir avant 17 heures. Ce soir, c’est raté. 17 h 15, il monte dans sa Volvo noire. 17 h 20, il ne roule plus qu’à 10 km/h. « Les gens viennent plus tôt pour partir plus tôt, explique-t-il calmement – il est du genre zen même dans les bouchons –, mais comme le nombre de frontaliers ne cesse d’augmenter, cela ne fait qu’étaler la période de ralentissements. »

Par la fenêtre, on a le temps d’admirer un paysage typique : de hauts bâtiments de bureaux flambant neufs, entourés de champs avec meules de foin et vaches. 17 h 45, il s’arrête devant une petite maison blanche. C’est une crèche privée, plus chère qu’en France mais avec une amplitude horaire spéciale frontaliers : 7 – 19 heures. Son fils, Ethan, joue avec six autres enfants, à l’ombre d’un cerisier. Bonjour, tétine, doudou, au revoir. 18 heures, stop express à Évrange, village à cheval sur la frontière, pour acheter une baguette au… pain drive. Sébastien ouvre sa fenêtre, tend une pièce à Mme Schild dans sa cabane en bois, repart. 18 h 10, arrivée à Roussy-le-Village, cinquante-cinq minutes plus tard, au lieu des trente promises. Bof, bof !

Sébastien se gare près d’une charrette en bois débordant de géraniums. Le mardi soir, c’est jour de marché, jusqu’à 20 heures, pour attendre les salariés sans frontière. Il achète du saint-nectaire et de la tome des Vosges, puis rentre dans sa grande maison entourée d’arbres. D’un côté de la propriété, un champ de blé, des collines bucoliques et, au loin, les fumées blanches de la centrale nucléaire de Cattenom. De l’autre côté, une vue sur le village en contrebas.

Une belle voiture, allemande
Originaire de Moselle, comme son épouse Karen, Sébastien Erard a commencé sa carrière à Grenoble. Il y a dix ans, tous deux sont revenus dans la région pour se rapprocher de leur famille. Le choix du pays s’est fait tout seul : « Ni à Thionville ni à Metz, je n’aurais trouvé un poste équivalent », affirme-t-il. D’ailleurs, presque tous leurs amis sont frontaliers. Par rapport à Grenoble, leur niveau de vie a « clairement augmenté ». Il gagne 3 800 euros par mois, net de charges et d’impôts, prélevés à la source au Luxembourg, et profite d’une voiture de l’entreprise avec carte d’essence. Avec son épouse, qui travaille au Grand-Duché dans le secteur de l’environnement pour un salaire et une voiture semblables, ils ont pu acheter cette maison en 2010. Deux beaux boulots, la nature à perte de vue derrière la porte, Thionville ou Luxembourg-Ville à vingt minutes de route le week-end (car il n’y a plus de bouchons…), la famille et les amis à côté… Ils le savent, sans ce riche voisin, jamais ils n’auraient pu revenir sur les terres de leur enfance. Pierre-Émile Jacques, responsable informatique dans une banque luxembourgeoise, fait partie des 9 % de frontaliers qui prennent quotidiennement le train pour s’épargner les bouchons de l’infernale autoroute A31.

L’attrait du Grand-Duché modifie la campagne française. Comme ce jeune couple, les Lorrains affluent en masse à Roussy-le-Village, l’une des communes les plus proches de la frontière. La population est ainsi passée de 960 personnes en 2000 à 1 450 aujourd’hui. Au total, 65 % des actifs sont frontaliers. Un record. Plus encore que Thionville, l’ancienne commune agricole symbolise les bienfaits du Luxembourg. Roussy est devenue un nid de prospérité en plein champ. Chaque habitant possède un emploi (le taux de chômage ne dépasse pas 3 %), et gagne en moyenne 2 400 euros, contre 1 675 euros en France. « Beaucoup de CSP++ s’installent et une quinzaine de nationalités vivent dans la commune », se réjouit le maire, Benoît Steinmetz. Professeur de droit, il est lui-même marié à Sarune, traductrice d’origine lituanienne, qui travaille pour les institutions européennes au Luxembourg. Les lotissements poussent comme des champignons et les prix s’envolent. « Pour une maison de famille, tablez sur 350 000 euros, précise Benoît Steinmetz. Pour ce prix-là, à 60 km dans les terres, vous avez un château. »

Synonyme de prospérité
L’école compte huit classes et les parents s’arrachent les places chez les nourrices. A Roussy, il est de bon ton de rouler dans une belle voiture, allemande de préférence. Idem à Thionville, d’ailleurs, où l’on croise souvent des Porsche. On s’informe sur le site lesfrontaliers.lu, on téléphone à la Maison du Luxembourg, à Thionville, pour régler un problème juridique ou fiscal. Le week-end, les plus chics jouent au golf de Preisch (pas moins de 2 190 euros l’année pour 27 trous). Et le samedi soir, on file souvent au Grand-Duché : les mélomanes à la Philharmonie ou à la Rockhal et les plus jeunes en boîte ou dans un bar.

A Roussy, frontaliers et non-frontaliers cohabitent sans souci. Les six exploitants, qui continuent de labourer la terre, ont vu le village se métamorphoser. « Je n’ai aucun problème de coexistence avec les frontaliers, constate Clément Bad, agriculteur. Sans eux, il n’y aurait pas tant de belles maisons. Parfois, ils me demandent s’ils peuvent entrer dans la cour avec leurs enfants pour voir les charolaises. » Parce que sinon, ils sortent peu.
Gladys, qui tient l’unique commerce, le café-épicerie-pizzeria Le Relais, se montre un brin déçue : « Les gens de Roussy ne viennent pas beaucoup acheter du pain, ni boire un verre. » Ce soir de juin fait exception. Au Relais, devant une bière, des membres du conseil municipal nous racontent la vie du village. Ils parlent des activités et des événements qu’ils organisent pour éviter que Roussy ne se transforme en cité-dortoir. Ils expliquent que les frontaliers sont souvent pro-européens, les autres peut-être moins.
Taux de chômage faible, salaires élevés, fiscalité favorable... Le Luxembourg attire 90 000 travailleurs français.

En Moselle, département qui a été allemand de 1871 à 1918 puis annexé par le Troisième Reich pendant la seconde guerre mondiale, l’Europe a peut-être symbolisé la paix plus qu’ailleurs. Aujourd’hui, elle est synonyme de prospérité. Pour autant, cela ne modifie pas les votes pour le FN. Au premier tour de la présidentielle, le score de Marine Le Pen a atteint 22,74 % à Roussy, contre 21,3 % au niveau national. Enfin les élus parlent du sujet le plus sensible – les transports – et de la volonté de l’Etat de créer une troisième voix sur l’A31. Un projet dont on parle depuis des années et qui fait débat. En tout cas, rien ne se fera avant 2030.

Problèmes d’aiguillage
Si l’autoroute est un tel enfer, tentons alors le train, garanti sans bouchon. Une solution choisie par seulement 9 % des frontaliers. Et l’occasion pour nous de retourner au Luxembourg. A Thionville, jeudi 15 juin, le TER de 7 h 33 a cinq minutes de retard. On s’assoit à côté d’un homme en costume de travail : lunettes fines, chemise blanche avec cigarette électronique dans la poche, costume et chaussures noires qui brillent, numéro de L’Obs dans la sacoche. Pierre-Emile Jacques, 45 ans, est responsable d’un service de développement informatique dans une banque et gagne plus de 5 000 euros mensuels. « Une fois par mois, le train met une heure et demie au lieu de trente minutes », avertit-il. Des problèmes d’aiguillage et une seule voie sur toute la ligne.
En février, un accident mortel entre deux trains a même eu lieu. Les Lorrains s’avouent au bout du rouleau : « Rien n’est fait pour améliorer les problèmes de transport, explique-t-il. On a l’impression d’être abandonné par les politiques. » Le soir, à 18 h 08, le train aura neuf minutes de retard et les passagers voyageront debout et serrés dans l’odeur d’une fin de journée ensoleillée. Heureusement, Pierre-Emile Jacques finit plus tard. Il a son explication à ce bazar quotidien : « On a l’impression que les politiques français ont honte d’aider des frontaliers qui travaillent et paient leur impôt à l’étranger et, en plus, profitent d’un pays qui tire sa croissance d’une législation fiscale très favorable. »

En effet, certains politiques sont mal à l’aise. Ils ont en tête le scandale « LuxLeaks », qui a révélé en 2014 les accords fiscaux de 340 multinationales, qui minimisaient leurs impôts, voire les rendaient quasi nuls. Un système légal mais très discutable. Par ailleurs, le Grand-Duché a certes été retiré par l’OCDE de la liste grise des paradis fiscaux, depuis son abandon du secret bancaire en 2015, mais des économistes et des ONG, comme Oxfam, le considèrent toujours comme tel, au même titre que la Belgique, les Pays-Bas ou l’Irlande.
Le siège de la Banque européenne d’investissement, à Luxembourg-Ville.

Pour autant, l’argument n’est pas la seule raison de l’inaction des élus face à la bérézina des transports. « Pendant longtemps, l’Etat n’en avait pas grand-chose à faire de ce qui se passait ici et de l’autre coté de la frontière, analyse Pierre Cuny, maire (Les Républicains) de Thionville. Et les élus du territoire ont été incapables de se fédérer. » La situation s’améliore, assure-t-il. Depuis 2016, un conseiller diplomatique venu du Quai d’Orsay, Philippe Voiry, épaule même le préfet de région dans ses relations avec le riche voisin. Autre sujet de crispation : la question des compensations fiscales. Certains élus aimeraient que l’état voisin reverse à la France une part des impôts à la source perçue auprès des frontaliers, comme Genève le fait au profit de la Haute-Savoie et de l’Ain. Le Luxembourg est contre.
Financement d’un parking de covoiturage
« Nous craignons que l’argent aille à Paris et ne profite pas aux frontaliers, nous explique François Bausch, ministre luxembourgeois du développement durable et des infrastructures. Nous préférons aider à financer des projets concrets, comme le parking de covoiturage de Thionville. » Pierre Cuny prône la même logique. Outre ce parking de 500 places, prévu pour la fin 2019, il a d’autres idées dans sa besace : un centre de télétravail pour 2019 également, un parking à étages près de la gare pour 2020… François Bausch aimerait aussi que « la France investisse sur la ligne de train ». Car, de son côté, son ministère finance une seconde ligne sur son territoire, pour 2023. « Les infrastructures doivent s’améliorer d’ici à 2025-2030, avertit Pierre Cuny. Sinon ce sera fini, les jeunes reviendront travailler en France. »

Pour l’instant, ils continuent à affluer chaque matin dans le quartier du Kirchberg. Sur ce plateau perché au-dessus de la vallée de l’Alzette, l’activité est aussi intense que le centre piétonnier est apaisant. Sur l’artère principale, les travaux du tramway prévu pour décembre battent leur plein. Le long de cette avenue Kennedy et dans les rues adjacentes, s’égrènent tous les noms du business. EY, KPMG, la Banque européenne d’investissement, la banque Deka, Clearstream juste à côté de La fleur qui marche, une sculpture de Fernand Léger, ABN Amro Bank, BNP Paribas, Accenture, Amazon…
Dans l’une des banques de l’avenue, Isabelle Hebting, 46 ans, travaille comme analyste comptable. Habitante de Yutz, près de Thionville, et frontalière depuis plus de vingt ans, elle a eu le temps de peser le pour et le contre des règles luxembourgeoises. Le code du travail ne la dérange pas, qu’il s’agisse des 40 heures par semaine ou de la possibilité de se faire licencier plus facilement. Un seul point la choque : la quasi-impossibilité de faire grève. Sinon, elle apprécie les avantages sociaux, comme le complément d’allocations familiales. Mère de deux enfants, elle perçoit ainsi 537 euros par mois en plus des 49 versés par la France. Elle trouve l’ambiance bonne et remarque que « la distance entre frontaliers et Luxembourgeois va diminuant ».

Pour autant, jamais elle ne déjeune à la cantine avec des Luxembourgeois, toujours avec des Français ou des Belges. « Je pense qu’ils ont envie de parler leur langue entre eux », explique Isabelle. Elle-même la comprend un peu, car elle est proche de l’allemand. Dans ce pays où cohabitent trois langues officielles (luxembourgeois, français et allemand), les salariés locaux reprochent souvent aux Français de ne pas maîtriser leur langue maternelle. Devant un immeuble, Jacques, trentenaire luxembourgeois, fume une cigarette : « Je connais plein de Français qui font des efforts pour parler notre langue, mais ce n’est pas facile. » Jacques est surtout très poli.
Nathalie Pichot du Mezeray va devoir en faire, des efforts. Psychiatre de 45 ans, elle est frontalière, tout comme son mari neurologue. Avec leurs enfants, ils s’apprêtent à quitter cet été leur grande maison de Yutz pour une maison mitoyenne, qu’ils ont fait construire à Cessange, dans la banlieue de Luxembourg-Ville. « Je suis très bien à Yutz, confie Nathalie, mais je pars à cause de la route. Je vais gagner une heure et demie de vie par jour. » Et quelques autres avantages : pas de taxe foncière, pas de taxe d’habitation… Le déménagement comme antidote aux galères de transport est réservé aux plus aisés. Car au Grand-Duché, les prix de l’immobilier sont bien plus élevés. Cet été, le fils de Nathalie, Ronan, 16 ans, part à Berlin perfectionner son allemand. Quant à elle, n’étant pas germanophone, elle a du mal avec le luxembourgeois. Alors elle va s’inscrire à des cours dès la rentrée, c’est promis. C’est bien le minimum, se dit-elle, pour vivre au cœur de l’eldorado.

 

 

 

 

 

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